6:48 - mercredi juillet 17, 2019

Brahim Tayeb à Montréal pour relancer LE CENTRE CULTUREL KABYLE.

La Rédaction

MONTRÉAL – Il sera dès le 26 octobre prochain à l’affiche du Cégep Marie-Victorin, la salle DÉSILETS ( la salle dispose d’installations professionnelles), où il est invité à animer pour la première fois un concert exceptionnel à Montréal.

Né le 16 mars 1966 à Larbâa Nath Irathen (ex Fort National, en Grande Kabylie), Brahim Tayeb débute sa scolarité à l’École des aveugles d’El Achour. S’il poursuit, après son baccalauréat, des études d’interprétariat à l’Université d’Alger, la musique est, en fait, sa véritable passion.

Excellent guitariste et luthiste, il joue à ce dernier avec son esprit d’« arpégiste », mêlant accords, modes tempérés et quart de ton. Auteur, compositeur et interprète, il compte déjà à son actif une discographie riche en albums. Dès le premier, Ussan-nni (Ces jours-là), enregistré à la fin des années 1980, il a su séduire un large auditoire, très largement féminin, par des strophes délicates, remplies de sens, et des compositions originales à la tonalité à la fois sobre et colorée. Et c’est depuis Ussan-nni qu’il se produit dans les salles de spectacle comme (Mouggar, Ibn Khaldoun, Ibn Zeydoun, Harcha), les Maisons de Cultures (Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Oran…). Et il participe également à des festivités et journées culturelles à l’étranger, notamment en France.

Brahim Tayeb est incontestablement un artiste comme on en trouve de moins en moins. Et à l’heure où la musique synthétique envahit tout l’espace auditif, lui, continue, acoustiquement, et avec talent, à l’enchanter… avec un orchestre professionnel, à l’image du professeur de musique Salem Kerrouche et le batteur Khaled Cherfaoui.

Brahim Tayeb, le voyageur à bord des sons

Naissance en haute Kabylie, là où tout chante… où même le silence est musical… Et c’est sans doute cette musique (ne dit-on pas qu’elle adoucit les meurs?) qui a dû dessiner sur son visage ce sourire permanant et plein de charisme… Oui, Brahim Tayeb possède une étrange force intérieure… On se demande quelquefois d’où la puise-t-il quand on connaît le peu de cadeaux que lui a fait son pays… Il connaît très tôt le déchirement puisque arraché à l’âge de dix ans à sa Kabylie natale pour être pensionnaire à l’école des aveugles d’El Achour.

C’est pourtant dans cette école, où il eut six heures de musique par semaine, que Brahim va s’ouvrir aux autres musiques (châabi, malouf, andalous…) et qu’il composera ses premières œuvres. Il retournera en Kabylie pour poursuivre ses études secondaires, au lycée de son village natal, là où il devra affronter le monde des “voyants” (pas toujours clément). Mais non seulement il y poursuivra de brillantes études, il sera également l’idole des lycéens (et surtout celui des lycéennes !), particulièrement avec la chanson Ussan-nni qu’il interprétait dans toutes les fêtes scolaires et qui restera, pour bien longtemps encore, dans les mémoires collectives, la chanson-phare des années 90.

Quand Brahim, ayant décroché son Baccalauréat, ira à l’université (institut d’interprétariat, Alger), sa réputation l’avait devancé. Les étudiants fredonnaient déjà ses mélodies, s’identifiaient dans les textes évocateurs, gorgés de métaphores. En plus d’être traducteur, il traduisait surtout le mal-être de la jeunesse, les quêtes impossible, les amours déchirées… Il fréquentait régulièrement les cours de musique à l’École Normale Supérieurs. Ses compositions vont ainsi s’enrichir de jour en jour, s’imprégnant de plusieurs modes, plusieurs cultures – nous y verrons le tempéré fusionner avec le quart de ton dans un harmonieux et exquis mariage, car Brahim aime voyager dans les rythmes et refuse la linéarité en musique.

Chaque album est une histoire d’amour, une passion pour telle ou telle autre ambiance, une ouverture, sans doute d’esprit… Les premiers albums (Ussan nni, Hamlaghkem, Lekhyal) l’on a vu se délecter dans les arpèges de guitare, explorant subtilement ses accords, multipliant les harmonies. L’orchestre était alors dominé par les instruments à cordes, les violons et la flûte. L’album Ur zrigh-ara est d’abord celui de la sortie définitive des sentiers battus : ambiance latino américaine, chanson en langue française, montage poétique… Le cocktail est très typé, hors du commun… c’est peut-être pour cela que cet album est apprécié par un public particulièrement averti.

Toutefois, le grand tournant de Brahim Tayeb est incontestablement sa “rencontre” avec le luth. Oui, rencontre ! Parce que depuis, ils ne se sont plus séparés… Comme le manche de l’oud n’est pas fretté, Brahim y trouve désormais, un lieu où la naissance des sons n’a plus de limites. Ainsi, c’est sur le luth qu’il composera Intas, dont le succès fera de lui incontestablement une des figures emblématiques de la chanson. Laissez-le donc voyager en musique… Heureux qui comme Brahim a fait ce long voyage… «Laissez-le donc », en kabyle, se dit Thikher-s… c’est le dernier titre de Brahim Tayeb. Une chanson qui rassemble sous la même voûte plusieurs horizons. Nous y suivons le parcours (spatio-temporel mais aussi cérébral) d’un personnage qui tente inexorablement d’échapper à sa condition. Brahim traduit en sons polychromes et en paroles raffinées les évasions dans l’alcool, la “noyade dans le verre” mais aussi le … vers. Il nous fait vivre les périples de cet individu qui se livre aux flots de la Méditerranée, fuyant une terre pour une autre qu’il croyait plus clémente, où il prendra cependant conscience, non sans amertume, que l’exil est toujours intérieur… Heureusement que la musique de Brahim Tayeb abolit les frontières et donne naissance à une autre géographie… celles des sons et des sens !

Djamel Boukhoulef

CENTRE CULTUREL KABYLE (CCK)

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