12:34 - lundi juin 17, 2019

Pourquoi et comment la France va imploser…

La Rédaction

FRANCE – De Bernard Tapie à Marine Le Pen : pourquoi et comment la France va imploser. La question n’est plus de savoir si la France va imploser : mais comment et quand cette désagrégation s’imposera… Extrait de « Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi », d’André Bercoff, publié chez First .

Nous nous acheminons lentement mais surement vers l’implosion. Et cela se comprend : Rome n’est plus dans Rome. La quasi-totalité des fondations culturelles, spirituelles, économiques et sociales qui maintenaient le pays, depuis les Trente Glorieuses, dans une harmonie surjouée mais réelle, est en train de s’effondrer avec un bruit sourd qui se répercute d’analyses en études, de livres en émissions, de rapports en essais. Surtout, il n’y a pas que sur le papier, les ondes et les écrans que bruissent les rancoeurs, les indignations et les frustrations.

Le quotidien de l’Hexagone est parcouru d’un frisson d’incivilités répercute, enjolive, grossi et déforme de façon telle que la perte des repères s’en trouve dramatiquement aggravée

Toutes les études et expertises se rejoignent. Les Français sont pessimistes, méfiants, nostalgiques, furax. L’avenir radieux devient une plaisanterie de mauvais gout a l’heure du chômage et des impôts, de la baisse du pouvoir d’achat et du brouillard des retraites. Ils le répètent a l’envie : c’était mieux avant. Il n’y a plus d’autorité, plus d’ordre. Dans certains endroits, on n’est plus chez nous. Il nous faut un homme a poigne. Une personnalité courageuse qui ose sanctionner. De droite ou de gauche, on s’en fout. Pourvu que ça recommence a fonctionner.

Non seulement l’avenir n’est plus ce qu’il était, mais les jeunes ont l’impression qu’ils ont beaucoup moins de chance de réussir, même modestement, que leurs parents ; en plus, a qui faire confiance ? Même les voisins de palier n’ont plus la cote. Si nos sondeurs et autres spécialistes des interrogations téléphoniques et des entretiens qualitatifs affirment que l’on continue a faire confiance aux PME, à l’armée et à la police, un peu moins à l’instituteur et au maire, ils montrent depuis longtemps le degré de méfiance, voire de mépris, de nos concitoyens pour le Parlement, les médias et les partis politiques. Le ≪ tous pourris ≫ n’est pas nouveau mais il revient de plus en plus souvent.

On le comprend. Le divorce de l’Etat français avec lui-même a eu lieu sans qu’on le formule ou qu’on l’explique vraiment. La France fut bâtie sur un Etat fort, centralisé, omniprésent et omnipotent, de Colbert à de Gaulle. Le roi puis le chef montraient la voie, tenaient bon le cap, décidaient, donnaient des ordres et la foule des brillants commis exécutait dans un ronronnement d’obéissance heureuse. Quand la République remplaça la royauté et que l’on fut pour de bon en démocratie parlementaire, le mot d’ordre de tous les candidats, à droite comme à gauche, consista a dire au peuple électeur : donnez-moi le pouvoir, que je vous le rende. Chacun savait obscurément que seul le premier membre de la phrase comptait, mais tout le monde fit semblant de croire le contraire. Force est de reconnaître que, pendant des décennies, la maison fut bien tenue, et ce, parce que l’Etat était auréolé, au-delà des catastrophes et des bonheurs de l’histoire, d’une légitimité aussi justifiée qu’incontestée.

Racontez, grand-père, racontez ces temps heureux ou l’Etat centralise était propriétaire de tout : automobiles, mines, transports, énergies, banques, assurances. Il battait monnaie, décidait du taux d’inflation ou de l’opportunité d’une dévaluation, avait la haute main sur l’économique, le législatif, le culturel, le juridique, le militaire. Il faisait ce qu’il voulait, pour le meilleur et pour le pire. De Gaulle et dans une moindre mesure Pompidou furent les derniers capitaines du tout-puissant vaisseau amiral.

L’Europe, mal nécessaire, fit tout basculer. Petit a petit, surgirent des règles, des oukases, des interdits, des quotas, des lois, à l’échelle d’une union qui commença à 5 pour en arriver aujourd’hui à 28, et ce n’est pas fini. Voila donc les dirigeants de la nation condamnes à l’assainissement des finances publiques, à la limitation de la dette, à la libéralisation du marché, à l’abandon partiel mais réel d’une partie leurs prérogatives séculaires. Les voici souverains d’un Etat qui ne l’est plus. Ils se rêvaient Bonaparte ; ils se retrouvent Prométhée, enchaînés par les gnomes de Bruxelles et de Strasbourg. De plus, la création de l’euro les privait de toute possibilité de danser avec la monnaie. Ils avaient d’ailleurs, dans ce domaine, légué sceptres et couronnes à la Banque centrale européenne qui décidait seule désormais du taux et du niveau du nouveau dieu.

André Bercoff – ATLANTICO

 

 ENTREVUE 

 

S’est-il vraiment passé quelque chose en France depuis 1984 ?

 

Atlantico : Votre livre s’intitule, « Bernard tapie, Marine Le Pen, La France et moi , chronique d’une implosion annoncée » (éditions First). Quels liens faites-vous entre Marine Le Pen et Bernard Tapie ?

André Bercoff : C’est le lien que je fais entre deux crises qui se juxtaposent : l’économique et l’identitaire. Bernard Tapie il y a 30 ans symbolisait parfaitement l’entrepreneur qui gagne, le fils d’ouvrier atteignant les sommets et devenant une icône de la gauche mitterrandienne qui voulait ainsi montrer sa réconciliation avec l’initiative privée ; quelle douce ironie de voir qu’aujourd’hui Manuel Valls reçoit une standing ovation du MEDEF et prend son bâton de pèlerin pour dire, à Berlin comme à Londres, que son gouvernement est pro business.

D’où l’impression étrange qu’il ne s’est rien passé depuis 1984 et que les socialistes redécouvrent l’entreprise comme Monsieur Jourdain fait de la prose.

Marine Le Pen, quant à elle, incarne la crise identitaire : ces millions de Français laissés pour compte et abandonnés, voire sacrifiés par la gauche comme la droite : nombre d’ouvriers, d’artisans, de petits commerçants, de précaires, d’agriculteurs se tournent vers celle qui leur semble, à tort ou à raison, traduire le mieux leur ras le bol.

Au sujet de la France, vous parlez d’une implosion annoncée, quels en sont les ingrédients et les signes avant-coureurs ? Est-elle inéluctable ?

Il ne faut évidemment pas tout confondre et tout resserrer dans un moule préétabli. Mais force est de reconnaître que, de la Manif pour tous aux bonnets rouges en passant par un certain nombre de groupes et de forces sociales, tout s’accumule : la précarité économique qui fait que de plus en plus nombreux sont les Français qui n’arrivent plus à boucler leur fin de mois, les inégalités flagrantes entre abrités et exposés, entre régimes spéciaux et tondus permanents, enfin un pouvoir qui ne sait plus où il va et veut désespérément donner l’impression qu’il y va : effets d’annonces et retournements de veste garantis. Le tout ne peut déboucher que sur un couvercle qui saute, eu égard de l’état de la marmite.

Qu’est ce qui pourrait empêcher le pays de sombrer ?

Dire enfin aux Français l’état réel du pays, mettre tout sur la table, ne rien cacher en exposant l’étroitesse de la marge de manoeuvre, discussion franche et surtout approfondie sur les alternatives possibles : aujourd’hui la globalisation et les nouvelles technologies le permettent, mieux : l’exigent. Mais pour cela, il faut des hommes et des femmes de courage et de ténacité : denrées devenues rares…

Vous écrivez : « La 5e République doit disparaître pour une raison simple : le monde qui l’a vue naître, a disparu depuis longtemps ». A quelle société ce monde qui a disparu a-t-il fait place ?

À une société à la fois éclatée et interconnectée, aux économies mondialisées et interdépendantes, à une volonté très forte de liberté battue en brèche par l’hydre à deux faces des fanatismes religieux et des dictatures militaires. Après l’implosion de l’empire soviétique, on crut à la fin de l’Histoire : le 11 septembre 2001 prouva qu’il n’en était rien. Les trafics d’armes, d’êtres humains, de minerais et de finances se jouent plus que jamais des frontières. Les USA prouvent à l’envi que notre monde est devenu post hégémonique.

Quel type de régime serait plus adapté au monde que connaissons ?

Pour les candidats à la présidence de la République : un septennat unique avec interdiction de se représenter. Vote obligatoire. Séparation enfin véritable des trois pouvoirs. Référendums d’initiative populaire. Le métier politique enfin considéré comme un CDD et non plus en CDI, pour ne citer que ces changements nécessaires mais non suffisants.

Une réforme institutionnelle suffira-t-elle à faire face aux défis qui nous attendent ?

L’histoire de France le montre éloquemment.

Nous ne faisons des réformes qu’après une implosion, un bouleversement ou une Révolution. L’accumulation des blocages est telle qu’il faut trancher le noeud gordien sauf à finir en Club Med patrimonial ou en aire de jeux pour nouveaux riches des pays émergents. Les princes qui nous gouvernent devraient enfin s’y faire : paraître ou conduire, il faut choisir. Le problème n’est pas d’accoler une nouvelle étiquette (la 6ème) à une République usée, mais l’accord général sur le contenu que l’on entend y mettre. Dieu a besoin des hommes : si les Français continuent de s’y dérober, nous n’aurons que ce que nous méritons.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton. Il est l’auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), de Qui choisir (First editions, 2012) et plus récemment de Moi, Président (First editions, 2013)

ATLANTICO

 

 

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