5:58 - jeudi juillet 18, 2019

Ferhat Mehenni : « Je suis le candidat du boycott de la présidentielle »

La Rédaction

ENTREVUE – Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) a mis les pieds dans le plat de la présidentielle. Il a appelé ses partisans à un boycott actif de cette échéance électorale. Rencontre.

Le Matin d’Algérie : Après votre déclaration dimanche sur la présidentielle, il y a comme un revirement de votre part. Pourtant, vous vous disiez non concerné par le destin de l’Algérie, vous parliez plutôt de la Kabylie ?

Ferhat Mehenni : Je continue de ne parler que de la Kabylie. La présidentielle colonialiste de cette année n’a pas à être subie mais rejetée, boycottée par les citoyens kabyles. En tant que peuple kabyle, nous avons le devoir d’être acteurs de notre destin et non spectateurs. Pour nous, l’expression « non concernés » ne veut pas dire que nous devrions rester passifs devant des événements qui, directement ou indirectement engagent notre destin, surtout des événements qui tentent de renouveler les chaînes du colonialisme en Kabylie. C’est le sens de ma candidature. Je suis le candidat du boycott. Donner un visage et un nom au boycott est politiquement sensé. Il ne doit pas rester impersonnel et n’engageant personne à rien. Là, il est incarné, visible et porte la marque de la liberté et de l’indépendance de la Kabylie, ainsi que des peuples d’Algérie.

Allez-vous concrètement participer, donc rentrer au pays et faire campagne ? Sinon comment allez-vous procéder ?

Nous ferons campagne pour le boycott. C’est évident ! Il y aura affichage et des actions sur le terrain : meetings, marches, distributions de tracts et de drapeaux kabyles.

Que vous inspire la situation actuelle du pays ?

La situation politique actuelle se caractérise par une tension paroxystique entre les deux sous-clans qui gouvernent depuis 1999. Cela peut engendrer des violences, voire le chaos. L’armée risque d’intervenir et, de nouveau, faire dramatiquement couler du sang pour imposer une nouvelle dictature par le biais d’un coup d’Etat et d’un état-de siège.

En tant qu’indépendantistes kabyles, nous avons pour devoir de protéger la Kabylie et de ne pas la laisser entraîner dans des combats qui ne sont pas les siens. Son seul objectif doit rester factuellement son indépendance et non le sauvetage d’une subdivision des clans au pouvoir. J’appelle les Touaregs, les Chawis et le Mzab à faire de même. Ainsi, quels que soient les protagonistes des violences, ils seront mis en échec au profit de l’indépendance et de l’émergence de nouvelles entités géopolitiques locales.

De Londres, vous aviez parlé il y a quelques mois de la création de milices de contrainte. Pouvez-vous nous expliquer qu’en est-il exactement ?

Nous créons un corps de sécurité défensif et non belliqueux. Il a pour rôle de protéger les espaces de liberté et de démocratie en Kabylie ; d’y veiller au respect des droits humains et des règles de civisme. Nous ne pouvons plus accepter que le pouvoir tire impunément à balles explosives sur nos enfants, comme au Printemps noir de 2001.

Comment le MAK est passé de l’autonomie à l’indépendance. Ne craignez-vous un scénario à la catalane ?

Nous sommes passés de la revendication d’autonomie à celle du droit à l’autodétermination par paliers successifs. Il fallait convaincre petit à petit de la nécessité d’aller au-delà d’une autonomie dont le statut ne fait objectivement que perpétuer la domination coloniale algérienne sur la Kabylie. Ceci est derrière nous depuis 5 ans déjà.

Le scénario à la catalane ne nous fait pas peur. Nous prenons des leçons sur le peuple catalan, en nous intéressant aussi bien à ses points forts qu’à ses faiblesses. Même si les contextes politiques dans lesquels évoluent nos deux peuples sont différents, ils se rejoignent dans leur finalité et leurs valeurs. La Catalogne, la Kabylie, l’Ecosse, le Québec, l’Ambazonie (Cameroun) ou le Somaliland, le Kurdistan… finiront tous par accéder à leur indépendance. C’est la tendance naturelle de notre temps, de notre histoire et de l’évolution actuelle de la mondialisation qui appelle urgemment une reconfiguration de la géopolitique à l’échelle de tous les continents.

Avec Le Matin
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