10:04 - jeudi mai 24, 2018

Festival du film amazigh à Tizi Ouzou: maitrisé par l’administration, le festival du film amazigh écarte, sur ordre d’Alger, les amazighs marocains

La Rédaction

KABYLIE – Meryem DEMNATI à AE :  » reconstruire la région nord-africaine à partir de la base » 

Même le président d’APW de Tizi-Ouzou (FFS en alliance avec le FLN et le RND) n’a pas été autorisé à prendre la parole. Seul le wali, représentant de l’administration, est intervenu lors de la cérémonie d’ouverture. Première conséquence de cette reprise en main : l’élimination, en dernière minute, des militants du mouvement amazigh marocain. Ils ne décolèrent pas sur la toile. « Alors que nous avons toujours déroulé le tapis rouge pour la délégation algérienne au festival d’Agadir, nous apprenons que la ministre de la culture, Khalida Toumi, a décidé de ne pas inviter la délégation amazigh marocaine pour plaire à son chef », peut-on lire sur le blog d’un militant. Meryam Demnati, une figure emblématique de la cause amazighe et des droits humains au Maroc a fait part de sa profonde consternation sur son blog. Algérie Express l’a contactée.

Entretien. 

Vous avez très vite et sèchement réagi à l’annulation de l’invitation de la délégation marocaine au festival du film amazigh dont la 13éme édition se tient à Tizi-Ouzou. Pourquoi ?

M.D : J’ai été effectivement consternée par cette nouvelle. Nous avons toujours espéré qu’à travers des rencontres de ce type, les acteurs culturels de l’Afrique du nord, artistes, réalisateurs ou autres puissent échanger leurs expériences, notamment le cinéma qui est un support touchant un large public, pour permettre à la culture amazighe de s’enrichir et de reprendre la place qui lui revient dans ses territoires naturels. Mais malheureusement d’autres l’entendent autrement, et décident de mettre fin à un partenariat fructueux et porteur de beaucoup d’espoirs, nous faisant comprendre ainsi, que ce type de rencontre n’est pas le bienvenu. En fin Septembre 2012 à Agadir (sud du Maroc), plusieurs films amazighs algériens furent en compétition et deux d’entre eux ont été récompensés par le 6éme Festival international Issni N’Ourgh du film amazigh. Le public leur avait réservé un accueil chaleureux. Ces rapprochements représentent-ils un danger pour ces décideurs qui ont empêché la participation des amazighs du Maroc au Festival de Tizi Ouzou ? Petits calculs, me semble-t-il, plutôt limités et, de toutes façons, caduques.

Avez reçu des explications sur cet embargo ?

MD: Aucune explication claire n’a été donnée à la délégation marocaine, aux responsables du Festival international Issni N’Ourgh du film amazigh et aux réalisateurs marocains, qui ont tout d’abord été invités mais à qui on a fait savoir à la dernière minute que tout avait été annulé quant à leur participation. Ils ont bien entendu été très déçus par cette nouvelle, mais j’en connais beaucoup, ils ne baisseront pas pour autant les bras et feront tout pour que la coopération et les échanges étroits partagés de part et d’autre des frontières persévèrent.

Vous faites partie de l’Observatoire Amazigh des Droits et Libertés au Maroc, quels sont vos contacts avec les militants algériens de la cause amazighe ?

M.D: Nous avons des contacts très étroits et très anciens avec les militants de la cause amazighe en Algérie, cela ne date pas d’aujourd’hui. Des échanges, des projets culturels, artistiques et des concertations, ainsi que des relations de grande amitié nous ont toujours liés et nous lient encore plus aujourd’hui. Une coopération scientifique dans les divers domaines de la connaissance en rapport avec l’amazighité se fait aussi par le biais des universités ou des associations. Nous nous battons ensemble pour nos droits culturels et linguistiques et nous œuvrons solidairement pour la promotion de notre langue et de notre culture, même si le contexte dans nos deux pays n’est pas tout à fait le même. Nous développons également des stratégies complémentaires qui nous conduisent à sortir des limites de l’Etat national pour porter nos revendications devant les organismes internationaux.

Où en est le combat amazigh au Maroc aujourd’hui ?

M.D: Le combat amazigh a traversé beaucoup d’épisodes dans son histoire, de la répression arbitraire à la tolérance affectée du pouvoir en place. Sa progression a été spectaculaire quant au nombre d’associations (plus de 800 à travers tout le territoire en 2010) et quant à l’évolution de son discours. Le mouvement amazigh a toujours revendiqué l’officialisation de la culture et de la langue amazighe en inscrivant sa lutte comme partie intégrante d’un combat pour la construction d’une société démocratique. Durant la campagne pour la révision de la constitution en 2011, il a marché aux côtés des autres forces progressistes du pays pour une constitution démocratique incluant la reconnaissance de l’Amazighité du Maroc et l’officialisation de la langue amazighe au côté de l’arabe. La mobilisation fut très grande, et la revendication amazighe pour la première fois devint alors celle de toutes les forces démocratiques marocaines. Assurément, l’officialisation de la langue amazighe en Juillet 2011, est un acquis très important, résultat de 50 ans de lutte, mais du chemin reste encore à parcourir. Il est stipulé dans la Constitution marocaine la nécessité d’établir une loi organique en vue de mettre en œuvre le caractère officiel de la langue amazighe ; loi qui déterminera les dispositions d’intégration de l’amazighe dans tous les domaines de la vie publique. Le mouvement amazighe, conscient que cette étape est une des plus cruciales de sa lutte, s’est concerté, et se mobilise en permanence. Il est aujourd’hui une force de proposition et de pression non négligeable. Même si quelques voix continuent à s’élever encore contre la langue et la culture amazighes, elles sont maintenant minoritaires et ne sont que l’apanage de quelques racistes, le terme est dur mais il convient bien à ces tempéraments, dépassés par la situation. Le mouvement amazigh marocain dont la cause est légitime, est convaincu que bien que les choses avancent lentement, ses revendications seront concrétisées car elles vont dans le sens de l’histoire.

Y-a-t-il des perspectives nord-africaines en débat au Maroc ?

M.D: Une chose est certaine, les forces démocratiques dont le mouvement amazigh fait partie intégrante, inscrivent leur combat pour la démocratie dans la perspective de la construction d’une Afrique du nord démocratique. Ils sont les grands acteurs de cette nouvelle période historique et de plus en plus une dynamique unitaire apparaît comme une nécessité historique pour l’intérêt des populations de la région. Quand on confronte les intérêts des pays de l’Afrique du nord, on conclut très vite qu’ils sont complémentaires et beaucoup plus importants qu’on ne le pense. Ouvrir les frontières des pays d’Afrique du Nord, respecter la différences et la diversité, encourager la libre circulation des personnes, des idées, des investissements et de l’énergie, encouragerait les hommes et les femmes à s’unir pour relever les défis de la modernité ; ce n’est qu’une partie du programme, au service d’une grande ambition, celle de reconstruire la région nord-africaine à partir de la base.

Sofiane Ouchikhen

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