2:25 - mercredi octobre 23, 2019

In Amenas: Trop, C’est trop!

La Rédaction

ALGER – Que peut-on penser de l’assaut donné par les services de sécurité algériens à ce site, théâtre de la prise d’otage perpétré par les islamistes à In-Aménas? Dépendamment du côté où l’on se place, la réponse pourrait être aux antipodes. Il est, cependant, des situations où l’on est placé entre deux alternatives, voire plusieurs, dont l’issue demeure incertaine et ce n’est qu’après coup, une fois engagé dans une voie, que l’on peut savoir si le choix a été le bon, et encore. On se posera toujours la question de savoir si l’autre possibilité n’aurait pas été meilleure. C’est là, à mon humble avis, qu’agir mû par une ligne de conduite, des principes et des critères bien ancrés et bien définis peut s’avérer salutaire dans la mesure où cela permet de baliser, voire d’indiquer sans ambiguïté le chemin à suivre.

Ceux qui sont les spectateurs et, malheureusement, ils ont de la voix, savent toujours ce qui doit être fait, mais après coups, ils s’érigent en donneurs de leçons.

L’intervention des services de sécurité au complexe gazier d’In-Aménas en est une de ces situations, dont il est difficile de sortir avec une note de 100%. 

Deux situations se présentaient à  l’Algérie: négocier ou attaquer rapidement et en finir.

Négocier

Négocier, ne serait-ce pas ouvrir l’appétit à toutes sortes d’aventuriers pour à d’autres tentatives, du moment que c’est aussi facile de soutirer de l’argent ? Cela fera de l’Algérie une banque à ciel ouvert où il n’est guère besoin d’avoir un compte ni présenter un chèque pour venir encaisser. Cela  se passera sur le territoire algérien, pas aux USA, ni au Japon ni en Norvège, ni en Grande Bretagne et ce sera les algériens qui en subiront les conséquences aussi bien humaine qu’économique.

Remettre de l’argent aux ravisseurs, ne serait-ce pas décupler leur force de nuisance en leur permettant de s’équiper, de procéder à des recrutements et faire tout ce que permettra cette manne financière? Ça se passera sur le territoire algérien, pas aux USA, ni au Japon, ni en Norvège, ni en Grande Breatagne et ce sera les algériens qui en subiront les conséquences aussi bien humaine qu’économique.

Négocier prendra combien de temps ?

Négocier ne risque-t-il pas de céder une partie du contrôle de la situation aux ravisseurs et ne se mettront-ils pas à couper une oreille, un doigt  pour faire pression et même à procéder à des exécutions. Que feront à ce moment-là ceux qui jouent aujourd’hui aux vierges effarouchées ? Viendront-ils délivrer leurs ressortissants sur le sol algérien ? Cédera-t-on à toutes leurs exigences à ce moment-là?

Mener l’assaut

En vertu d’un principe de non-négociation avec les terroristes, il ne reste que tergiverser, gagner du temps, mais à quel prix et à quel risque ? Ou agir et agir rapidement.

Ce sont ces tergiversations, ces louvoiement, ces pans entiers abandonnés aux islamistes qui ont mené le pays là où il se retrouve aujourd’hui avec plus de 200 000 morts. Grâce présidentielle, loi sur la « rahma » ouverte et sans contrepartie,  agrément de partis islamistes dans un pays qui a inscrit l’islam comme religion de l’état dans sa constitution, construction de milliers de mosquées, traduction en justice des non-jeuneurs, libération de  terroristes qu’il faut, en plus, ménager et respecter etc. etc. sont autant de concessions à l’islamisme qui doit lui-même être surpris par tant de courtisaneries à son égard. L’enrichissement par l’argent engrangé par le racket et autres activités lucratives durant la décennie noire ont fait ressentir aux citoyens, qu’être terroriste est payant en Algérie. N’a-t-on pas  entendu le président dire, qu’il ferait la même chose à leur place, s’il avait leur âge ? Le feu vert  et la bénédiction étaient ainsi donnés.

Certes, l’issue était incertaine, pouvait-elle l’être, mais l’intervention rapide, tranchante et décisive a mis fin à la situation. Il est bien entendu, à déplorer la perte et on ne le dira jamais assez et sans langue de bois aucune, de la vie  de ceux qui étaient là, pour travailler et juste travailler comme nous le faisons tous et qui étaient loin de se douter, qu’ils exerçaient un métier dangereux juste par le lieu où ils l’exercent.

La meilleure issue était de délivrer tous les otages et de mettre hors d’état de nuire tous les ravisseurs et très rapidement.  Cela n’avait pas été le cas. Pouvait-il l’être. L’on se rappelle de l’intervention de la plus grande puissance de la planète, pour délivrer ses ressortissants emprisonnés dans son ambassade en Iran.

L’assaut aurait dû déjà être donné plus tôt, beaucoup plus tôt, dans les maquis algériens depuis maintenant plus de 20 ans pour effacer même les traces de leur pipi, puis dans le désert et bien avant la crise malienne contre Ansar-Din et autres groupes que l’Algérie a érigé en partenaires crédibles avec qui il fallait négocier, alors que le feu est devant la porte de la maison. Voilà, où ont mené les valses hésitations de la diplomatie algérienne. Voilà les gens avec qui l’Algérie appelait à négocier. La France n’avait pas besoin de se voir attaquée pour mener l’assaut. Il fallait juste qu’ils existent pour qu’elle sente la menace. Il ne reste au Ministre des affaires étrangères qu’à céder sa place pour n’avoir rien compris du contexte et des enjeux en cours. Plus aveugle et plus incompétent que ça, tu meures.

Tout ce que l’on peut espérer est que l’Algérie ait retenu la leçon que le feu. On le prévient ou on l’éteint au moment où il se déclare et que si on attend qu’il prenne sérieusement, on y perd  gros même si on finit par en venir à bout.

Deux Algérie

Dans cette affaire, on dirait qu’il y a deux Algérie : une hésitante, louvoyante, perdue, incertaine, inefficace…, l’autre tranchante et sûr d’elle. La première fait de ce pays, un pays mou, fragile et faible, l’autre en fait un pays  avec lequel il ne faut pas tenter l’aventure. Entre les deux,  je me permettrais de dire que les Algériens, tellement frustrés et en mal de dignité, opterait sans hésiter pour le second. Le second a fait son  »job ». Que le premier revienne sur Terre et prenne conscience de ses responsabilités et enfourche son cheval de bataille pour affirmer au reste du monde, la détermination de l’Algérie à ne pas se laisser intimider.

Cette affaire et le contexte dans lequel elle s’est déroulée vient de mettre à nu la faiblesse et l’incompétence de ce qui était la force de l’Algérie en d’autres temps: la diplomatie, incapable d’expliquer et de faire passer la solution de l’assaut comme celle qui sied le mieux à l’Algérie et à ses intérêts. Chacun  fait passer ses intérêts avant toute autre considération. Il faut que le monde le comprenne et pour cela, il faudrait quelqu’un pour le leur expliquer et le leur imposer. Existe-t-il ? C’est Hollande et Fabius qui ont parlé au nom de l’Algérie. Elle est vieillissante la diplomatie algérienne qui avait connu de meilleurs jours.

Silence, on meurt. 

Il reste encore des questions lancinantes et inquiétantes, pour certaines.

La première concerne la facilité avec laquelle les ravisseurs ont pénétré dans ce site dans une conjoncture aussi explosive. C’est effarant, ce manque de clairvoyance. Ça fait tout simplement peur !

La deuxième est relative au Président de la république : aucun mot pour marquer son leadership, aucun mot pour rassurer l’opinion aussi bien nationale qu’internationale, aucun mot d’encouragement publique et de remerciements protocolaires aux forces de sécurité qui on mené l’assaut et qui ont risqué des hommes et enfin aucun mot pour dire qu’il est là et qu’il vit la même chose que les êtres humains qui l’entourent à travers la planète, notamment ses compatriotes. Serait-il un extra-terrestre? Où est-ce une troisième Algérie, insensible, absente et non concernée ? Les seules interprétations possibles sont l’incapacité physique ou le mépris. 

Lyazid LALIAM

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