8:35 - mercredi novembre 21, 2018

Le destin berbère face aux successeurs de Napoléon III

La Rédaction

HISTOIRE – Nous allons, dans cet article, voir comment certains intellectuels français, – aussi bien des politiques de gauche que de droite, qu’ils soient “arabo-islamisants” ou qu’ils soient pris d’une irrémédiable culpabilité face au passé colonial de la France en Afrique du Nord – s’entendent avec les intellectuels arabo-islamistes, révisionnistes et négationnistes, afin de faire disparaître la culture, la langue, l’histoire et l’identité berbères en Afrique du Nord. Région du monde qu’ils surnomment, dans un concert unanime et toute honte bue, “Maghreb.”

 Des intellectuels français “arabo-islamisants  

Voilà des intellectuels français “arabo-islamisants”, dont la volonté est la même que celle des Arabo-islamistes, voire plus insistante: arabiser et réislamiser les Berbères. Voilà des penseurs ayant pignon sur rue, qui jouent de concert la même partition de l’Histoire avec les Etats de l’Afrique du Nord et leurs intellectuels fonctionnaires au rabais.

 Massinissa, un traître?  

massinissaPrenons l’Histoire antique, de laquelle les intellectuels “arabo-islamisants” français veulent chasser les Berbères, en traitant les illustres rois ou héros berbères de l’antiquité de la même façon que les traitent les Arabo-islamistes. En effet, rares sont les dictionnaires français où figure le nom du roi numide Massinissa. Un grand roi, allié des romains, comme l’est aujourd’hui la France des Etats Unis. Un roi unificateur de la Numidie. Un roi constructeur et pacifique aux yeux des historiens romains.

Dans un documentaire sur Hannibal, diffusé le dimanche 05/08/2005 par la chaîne TV5, fer de lance médiatique de la francophonie dans le monde, on présente le roi Massinissa, comme chef de la cavalerie numide, qui, en faisant alliance avec Rome, se serait conduit comme un vulgaire mercenaire, corrompu par les armées romaines. L’admiration qu’avait le réalisateur du documentaire pour Hannibal, – (Cela dit, nous reconnaissons aussi la valeur de ce grand stratège) –lui fait reprocher au roi Massinissa d’avoir choisi Rome pour faire chuter Carthage. Anachronisme bien naïf ! Il traite pourtant Massinissa en mercenaire sans le moindre égard pour les Berbères d’aujourd’hui, descendants de ce grand roi. Oserait-on parler ainsi de Vercingétorix? Or, le même raisonnement est développé par les historiens et les intellectuels arabo-islamistes, parfois même par certains Berbères arabo-islamisants, qui accusent Massinissa de traîtrise.

Tout ce beau monde est dans la glorification du général phénicien, pourfendeur de Rome, contre le roi numide, allié de la plus grande puissance militaire de l’époque. Ils se lancent, sans sembler y toucher, dans une entreprise de dévalorisation de tout ce qui est berbère.

En quoi Massinissa est-il traître ? A-t-il trahi les Numides ? Non. Il a tout simplement fait son calcul de roi dans l’intérêt des siens et de sa patrie, la Numidie. En voulant récupérer ses terres, il a sacrifié Carthage. Ce que ferait tout stratège soucieux de garder ses territoires. On appelle cela de la politique.

 Jugurtha, l’amoureux de Aicha, ou la preuve d’un dessein par le dessin 

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jugurthaDans les livres d’Histoire français, on trouve Jugurtha. Même Rimbaud, adolescent déjà, a mis son génie poétique pour nous décrire, dans son idéalisme adolescent de décolonisation et de révolte, l’Emir Abedelkader sous les traits de l’Eternel Jugurtha. Sans oublier les Belges, qui ont consacré une bande dessinée au héros numide, amoureux d’une fille du nom d’Aïcha. La confusion, voulue par ces intellectuels et artistes, est semée comme un piège sur le chemin des peuples berbères. Est-ce par amour, par sympathie que ces intellectuels disent du bien de Jugurtha ? Ils font exactement comme dans le cas de Massinissa : éloigner les Berbères de l’héritage gréco-romain, leur faire haïr tout ce qui romain.

Même les intellectuels arabo-islamistes, comme par hasard, disent du bien de Jugurtha, au point que les intellectuels algériens l’ont choisi comme symbole de résistance durant la guerre d’Algérie. Pourquoi ce consensus? car pour les Arabo-islamistes, tout ce qui vient du Nord est un ennemi, qu’il soit français chrétien ou romain païen. Car si les intellectuels berbères voulaient réellement sauvegarder l’identité berbère de l’Afrique du Nord, ils n’auraient pas opté pour Jugurtha, bien au contraire, ils auraient choisi Aksil ou Dihya. Les choses auraient été beaucoup plus claires aujourd’hui.

 La Civilisation Romaine: un héritage inestimable 

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Passons sur la volonté des arabo-islamisants français et des Arabo-islamistes, le drame, c’est quand des intellectuels berbères répètent ce genre de discours. Ils vont serinant le discours des Arabo-islamisants français, qui, malgré les guerres des Gaules et le sort réservé par les armées romaines au valeureux Vercingétorix, revendiquent et assument aujourd’hui pleinement l’héritage culturel romain. Ils s’inspirent de toute leur culture : architecture, droit, art militaire, organisation de l’Etat et beaucoup d’autres choses. Soyons fiers de Jugurtha, mais ne crachons sur la culture et la civilisation romaines. C’est un héritage inestimable. Les Romains sont restés longtemps en Afrique du Nord, nous devons dépasser notre rancune. Personne ne respectait Jugurtha plus que les Historiens romains. Sans Salluste, on n’aurait rien connu de lui.

De faux intellectuels nous citent même des propos tenus par Jugurtha à propos des Berbères, et dans leur naïve ignorance, ils prétendent attribuer au roi numide des inepties telles que “Si tu trouves un Kabyle en train de pleurer [1], sache que c’est un autre Kabyle qui l’a frappé.”- Drôle de propos quand on sait que le mot Kabyle n’existait même pas à l’époque de Jugurtha.La bêtise propagandiste est fertile!

 De la propagande pour manipuler l’histoire et éloigner le berbère de l’héritage latin  

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Ces derniers temps, des esprits oisifs nous inventent d’autres citations qu’ils imputent à Tacfarinas [2]. Selon eux, ce dernier aurait dit un jour au roi Juba II, comme s’ils y étaient : “Ton père a perdu son trône au cours de leur disputes ! Toi, ils t’ont traîné pour te montrer esclave devant le char de César et tu nommes Caesaré ta capitale. Tu ne crois pas que ton sacrifice a assez duré ? Est libre celui qui veut l’être. Es-tu de la race des pantins pour te montrer assez guidé par les Césars ? Trop de mollesse, Juba, trop de compromissions. Relève la tête, retrouve le sang de tes ancêtres, celui de Jugurtha.” – Incroyable à quel point les auteurs de ce genre de sottises ignorent que durant la guerre de Tacfarinas, ce n’était pas Juba II qui était au pouvoir en Maurétanie, mais son fils Ptolémée. Apparemment rien n’est épargné aux rois berbères, alliés des Romains, de Massinissa le mercenaire à Juba II le traître, tout est bon pour dévaloriser les anciens rois berbères.

Ces illustres intellectuels n’encensent pas Jugurtha et Tacfarinas par amour des Berbères, non. Ils le font dans le seul but de pérenniser la haine que le Berbère pourrait avoir du Romain et l’éloigner ainsi un peu plus de l’héritage latin, source des lumières en France et en Occident. Car en même temps, ils ne relèvent jamais le pouvoir échu aux autres Berbères illustres, comme l’Empereur Septime Sévère et ses descendants, Caracalla et Alexandre Sévère.

Certains berbèristes rejettent la berbèrité de certains auteurs berbères pour avoir écrit en latin de la même façon que certains araboislamistes rejettent l’algérianité de M.Feraoun et K.Yacine pour avoir écrit en Français.

La razzia historique faite sur les Berbères continue, pas uniquement concernant les rois numides, mais à l’encontre des auteurs et des penseurs anciens comme Apulée, Térence et Saint Augustin. Des intellectuels, même berbéristes, vous diront que de leur point de vue, ils ne considèrent pas ces auteurs comme Berbères, car ils ont écrit en latin. Autant jeter les Mammeri, les Feraoun, les Amrouche, les Tahar Djaout dans les oubliettes de l’Histoire, car ils ont un jour écrit en français. N’est-ce pas ce que souhaitent les ennemis de tamazight,[3]en premier lieu les Arabo-islamistes ? Certes les intellectuels français arabo-islamisants, partisans du royaume arabe et de l’Arabo-islamisme, les considèrent comme auteurs romains, mais qui n’était pas romain à ce moment-là ? Même la mer Méditerranée était leur lac.

Les Intellectuels français arabo-islamisants et les arabo-islamistes, toujours de concert, en parlant de la province d’Afrique sous le règne de l’empire romain ne citent jamais les peuples autochtones, même en évoquant Carthage et l’Egypte. Ils parlent de ruines romaines quand ils présentent les vestiges des villes de l’empire, puis quand il s’agit d’Arles, on nous parle de ruines gallo-romaines. Les Gaulois, selon eux, ont participé à la construction des villes de l’Empire se trouvant dans l’Hexagone, mais les Berbères auraient été absents quand les Romains bâtissaient des cités chez eux.

 La politique arabisante de la France  

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benbella-NasserLa politique arabe de la France continue, même après la guerre d’Algérie. Après avoir arabisé, à travers les bureaux arabes mis en oeuvre par Napoléon III, les localités kabyles, At Dwala devient Beni Douala, At Yanni Ben Yenni, Asif At Aissi Oued Aissi, les Arabo-islamistes auxquels ils ont remis le testament leur cédant les terres d’Algérie et ses populations, s’engouffrent jusqu’à faire de la localité d’Amechras Mect r-Ras(le peigne de la tête). Le mépris du colon français va plus loin dans la destruction de la culture kabyle : Isaffende Kabylie (Rivières) deviennent des Oued[4], Adrar(la montagne) devient Djebel, les communes des Douars,… Puis c’est aux Arabo-islamistes de finir le travail avec des mots arabes comme Wilaya, Dairaet d’autres bizarreries encore.

D’après la télévision algérienne, leur Tikjda, localité au coeur de la Kabylie, présentée en arabe, est peuplée de Hdjel (Perdrix) pour ne pas dire Tissukrin. Depuis quand Tikjda est devenue une région arabe ? Depuis quand Tassekurt de Kabylie est devenue Hedjla? Chose étrange, quand on parle en France du Golfe arabique, les intellectuels Français parlent de Mont Arafat et des fleuves Tigre et Euphrate[5].

Idem pour les médias français, ils ne parlent de Kabylie que quand l’Etat français veut faire pression sur le pouvoir d’Alger. Sinon, la plupart du temps, ils ne reçoivent sur les plateaux de télévision, les antennes de radios et les tribunes de journaux que des Islamistes et des Arabistes notoires pour parler de l’Afrique du Nord. Les rares moments où ils reçoivent des artistes kabyles, c’est pour les montrer chanter durant les nuits ramadhanesques. Et quand ils ont la chance de piper mot, les animateurs les questionnent beaucoup plus sur la musique et la culture arabes que sur ce qu’ils font.

Dans son émission Des Racines et des Ailes, consacrée à Leptis Magna, la Rome africaine[6], diffusée le 5 mai 2007, France 3 a organisé son plateau dans les locaux de l’Institut du Monde Arabe[7], et l’invité d’honneur, pour parler de l’héritage romain en Afrique du Nord fut tout simplement un Syrien. Comme de coutume, chaque fois qu’il y a un évènement politique en Afrique du Nord, on invite sur les plateaux de télévision les deux conseillers du Quai d’Orsay, historiens, spécialistes, géopoliticiens, chercheurs, et politologues libanais Antoine Besbous et Antoine Sfair : ils parlent parfois même de la Kabylie et des Kabyles, qui, pour eux, est une province de la Oumma arabo-musulmane.

La France, à la tête de la francophonie, est pour l’arabisation des populations d’Algérie. N’est-ce pas elle qui a inauguré le chantier avec les bureaux arabes ? Nous avons la naïveté de penser qu’une Kabylie francophone, démocrate et laïque, attirera la sympathie des politiques français, pas du tout, nous avons eu même, à notre stupéfaction, le résultat contraire. La France n’a pas oublié les Kabyles de la guerre d’Algérie et leur engagement contre le colonialisme. Tous les leaders de la guerre étaient des francophones. Tous sortis de son école. Nous dirons même que la France est plus acharnée à arabiser les Kabyles que l’Etat algérien lui-même. L’Etat algérien, contrairement à l’Etat français, très diplomate, nous reconnait, même s’il le fait à travers ses médias, par l’insulte et l’anathème.

La France coloniale a attaché la Kabylie à l’Algérie, les rifains au Makhzen marocain et a distribué les Touaregs sur cinq pays différents. Nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’un Etat indépendant touareg, suite à quoi, par le consentement de l’ancienne puissance coloniale, l’Algérie, pays défenseur des peuples opprimés comme la Palestine et la République Arabe Sahraoui, pour saborder le projet de libération de l’Azawad, introduit des hordes terroristes, afin de justifier l’intervention de la France sous couvert d’un mandat des Nations Unies, pour remettre le peuple touareg sous le joug malien : un état de servitude que les Touaregs n’ont pas le droit de quitter.

Voilà ce qui attend demain toute population berbère voulant s’affranchir de sa tutelle soit négro-africaine ou arabo-musulmane. Le comble de l’histoire, ce sont parfois les mêmes politiques français qui luttent pour la libération[8] du Tibet et du Québec qui sont contre l’indépendance des Touaregs de l’Azawad.

Même quand les autres puissances occidentales s’intéressent aux Berbères, c’est vers la France qu’elles se tournent pour connaître la température politique à Tizi Ouzou. Bien entendu, la France en bon observateur des droits de l’homme en Afrique du Nord, amie des démocrates et des laïcs, les rassure de l’attachement des Kabyles à l’Algérie et de leur bonheur de vivre dans ce pays, plein de soleil et d’oranges amères.

Idir, Ait Menguellet et Oum Keltoum dans le même sac identitaire

La politique de la France officielle est anti-kabyle. Des exemples de déni des responsables français n’en manquent pas. Des amis nous ont raconté que durant la célébration de Yennayer(jour de l’an berbère) à la Mairie de Paris, le maire, dans les coulisses parle de son admiration pour les Kabyles en citant des personnalités connues, comme Idir, Matoub et Aït Menguellet, puis, une fois sur l’estrade, il prend officiellement le micro pour évoquer l’Orient d’Oum Keltoum. Voilà un degré de perversion de certains responsables politiques français que même les politiques algériens, anti-kabyles, n’ont pas atteint. Du mépris au grand jour. Ne nous étonnons pas, suite à tous ces amalgames, si des citoyens français, vous invitant chez eux, vous passent de la musique arabe. Il est certain que ces braves gens le font pour vous faire plaisir. Il n’ont aucune intention ni de vous provoquer ni de vous contrarier.

 Serait-il dans l’intèrêt des Kabyles de tourner le dos à la France?  

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Chaque fois que les responsables français se payent la tête des Berbères, nous lisons dans les forums des sites kabyles des réactions anti-françaises un peu trop exagérées de la part de certains Kabyles dont nous comprenons la colère, mais dont nous sommes loin de partager les propos. Il y en a même qui font des appels au peuple kabyle pour se détourner de la France et aller demander du soutien ailleurs. Où ? Il y en a qui évoquent les Etats-Unis, tout en oubliant que cette grande puissance est la protectrice de la source de l’Arabo-islamisme, en l’occurence l’Arabie Saoudite et consort. D’autres évoquent l’Israël tout en oubliant que ce pays est certes en guerre contre le monde arabo-islamiste, mais son désir de paix, si jamais il se réalise, nous laissera sûrement sur la marge des négociations. Puis d’autres la Chine, et d’autres encore l’Angleterre ou l’Allemagne. Enfin, des commentaires en légion qui ressemblent à des appels au secours rédigés sur des bouts de papiers, mis en bouteille et jetés à la mer, en espérant qu’elle n’atterrira pas sur les rivages de nos ennemis.

Les plus en colère demandent même aux Kabyles de se détourner de la langue et de la culture française. “Notre butin de guerre” comme dirait Kateb Yacine. La langue qui nous a permis pendant tout ce temps de tenir tête aux attaques des Arabo-islamistes. Renoncer à la langue française, ne connaissant pas d’autres langues, les Kabyles seront exposés, sans défense, aux manœuvres de leurs ennemis. Renoncer à la langue et à la culture françaises, n’est-ce pas ce que cherchent le pouvoir d’Alger, les partisans de l’Arabo-islamistes et les arabo-islamisants français ? Ainsi nous leur offririons la victoire finale sur un plateau d’argent. Ils nous éloigneraient à jamais de l’universel, après nous avoir éloignés de la culture gréco-romaine. A moins que ce genre de commentaires ne vienne de nos ennemis, qui aiment se présenter dans nos forums comme de vrais Kabyles.

Soyons vigilants, calmes et calculateurs. La colère est mauvaise conseillère. Nous pouvons utiliser la langue et la culture des lumières comme le font aujourd’hui les Islamistes en France pour convaincre, non pas les responsables politiques français, mais l’opinion publique française et internationale de ce qui se passe en Afrique du Nord.

 La mobilisation des intelléctuels arabo-islamistes: un exemple à suivre pour les intelléctuels berbères 

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Pour renverser la donne, les intellectuels kabyles doivent se mobiliser, comme se mobilisent les intellectuels arabo-islamistes, afin de créer un rapport de force en notre faveur : discours contre discours, argument contre argument, mythe contre mythe, valeur contre-valeur. Personne ne fera ce travail à notre place. Nous sommes capables de faire valoir nos arguments, à condition que nos intellectuels se débarrassent de ce complexe internationaliste, héritage de la gauche française, qu’ils traînent à la cheville. S’affirmer aux yeux du monde, comme le font les Arabo-islamistes. Ecrire, parler, chanter, crier sa colère et ses espoirs sans jamais se préoccuper des critiques, l’essentiel est de faire entendre sa voix. Nous n’avons qu’à écrire et chanter ce que nous nous disons dans les cafés, c’est suffisant pour contrarier ceux qui parlent et prétendent nous représenter, alors que dans les coulisses, ils ne souhaitent qu’une chose : notre disparition.

Au moment où l’Islam nous éloignait de la culture gréco-romaine, les Arabes traduisaient du grec, s’intéressaient à la culture gréco-latine afin d’apprendre la rhétorique. Rhétorique qui leur a servi pour nous convaincre et nous soumettre à leur religion. Les Arabo-islamistes ont un discours, bien rôdé. Ce que les Berbères n’ont pas. Les Arabo-islamistes savent mieux parler aux Kabyles que les intellectuels kabyles eux-mêmes. Nous aimons à dire que les Kabyles maîtrisent l’oral, savent parler, en vérité ils n’ont aucun discours à opposer au discours de leurs adversaires. Vides de concepts, la langue kabyle politique est à construire, mais avant de le faire, utilisons l’arme que nous avons entre les mains : la langue française. Elle est jusque-là celle qui a défendu le mieux la langue kabyle, notamment dans les domaines de la recherche et de la politique. Construisons un discours constant, en kabyle et en français, pour parler aux Kabyles et aux autres. D’autres langues seront les bienvenues, pourvu qu’elles défendent nos interêts, encore faut-il que nous comprenions où ils sont.

 La langue française s’est imposée comme défenseur de la langue berbère 

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L’acquisition d’une autre langue, comme le préconisent certains, n’est pas chose facile, d’autant plus que la Kabylie est dépourvue d’Etat, donc d’institutions pour pouvoir enseigner ce qu’elle veut. Dans la situation actuelle, même l’enseignement de la langue kabyle est devenu difficile. Au point qu’espérer que les Kabyles pourront facilement utiliser d’autres langues que le français relève de l’utopie.

Utilisons donc ce que nous connaissons le mieux, en attendant de développer le kabyle, qui finira par s’imposer de fait dans son espace naturel, à condition que les Kabyles lui donnent pour le protéger et le promouvoir des lois, une marine et une armée. Comme ont fait les Anglais et tous les autres peuples souverains. Comme dirait le Dalaï Lama : “Nous ne pouvons compter sur nos adversaires pour promouvoir et protéger notre langue et culture.”

Durant toutes ces années de lutte, la langue française a pris sur le plan de la rhétorique et de la réflexion la défense de la langue berbère. Elle est son vrai avocat. Ce sont les francophones [9] qui ont pris à bras le corps la question berbère. De Boulifa à Mammeri, ce sont eux qui l’ont structurée, qui lui ont donné ses caractères latins, afin de l’introduire dans l’universel. Les intellectuels francophones ne doivent pas avoir de complexe, il faut qu’ils s’affirment en tant que tels, ne pas se justifier devant leurs adversaires, parfois francophones, qui tentent de les culpabiliser d’avoir choisi la langue française pour s’exprimer. Ils ne peuvent plus s’excuser de ce qu’ils sont et de ce qu’ils pensent. Les adversaires de tamazight veulent pousser au mutisme toute expression de révolte et de dénonciation du nouveau colonialisme que subissent les Berbères de l’Afrique du Nord. Ils font semblant d’accepter la langue berbère, à condition que celle-ci soit transcrite en caractères arabes, à condition qu’elle prêche l’islam et les constantes arabo-islamistes. Leur but: maintenir tamazight dans le folklore et le discours religieux, pour en faire une sous-culture arabo-islamiste [10].

Après avoir effacé toute trace du grec et du latin en Afrique du Nord, leur timide retour par la langue française semble déranger les tenants de l’Arabo-islamisme, d’où leur acharnement à priver les Berbères de toute autre langue que l’arabe. Depuis l’arabisation généralisée, notamment de l’école, nous constatons que par le recul de la langue française, les mentalités en Kabylie ont beaucoup changé. Aujourd’hui, les Kabyles sont devenus des illettrés trilingues. Imaginons la disparition définitive de cette langue, avec le concours des Arabo-islamistes kabyles, dans quelques décennies, il ne restera alors rien de kabyle en Kabylie. Au mieux la terre [11] de Kabylie deviendra berbère islamiste, à l’image de l’Afghanistan.

Eh bien nous disons: Non à la Kaboulie !

Écrit par Ameziane Kezzar & Mohand Lounaci

Article paru dans Kabyleuniversel.com

Notes 

[1] On a fait croire à l’opinion kabyle que les Kabyles ne peuvent s’unir car ils ne s’entendent pas entre eux, comme si le phénomène était propre aux seuls Kabyles. C’est le cas de tous les peuples, surtout quand ils vivent sous la domination d’un autre peuple. Les Kabyles n’ont rien inventé de tel. Souvenez-vous de la fondation de Rome. Romulus a tué son frère sur le sillon des fondations de la ville. Ce fratricide n’a pas empêché la ville de Rome de devenir un Empire. Attention à l’intériorisation des anathèmes de l’ennemi. Les Kabyles risquent de se faire plus de mal que ce que leur infligent leurs ennemis.

[2] Tacite, Annales (4,23-27) Défaite et mort de Tacfarinas en Afrique.

[3] Les Etats d’Afrique du Nord sont tous contre la transcription latine de tamazight, n’est-ce pas une preuve de plus de leur refus de voir les Berbères s’ouvrir sur le monde gréco-romain, autrement dit, l’Universel.

[4] Si la mer Méditerranée ne bordait pas l’Europe par Sud, les intellectuels Français arabo-islamisants l’auraient sûrement baptisé Bouhaïra (Mare en arabe) par rapport aux Bahraindu Golfe (Les deux mers), comme les Oueds et les Djbels.

[5] Pour les Français, l’habitant d’Arabie est un Saoudien, celui d’Algérie est un Arabe, doublé de Musulman, triplé et criblé de Maghrébin.

[6] On peut multiplier des exemples de ce genre jusqu’à l’infini. Dans le film « Le Gladiateur », un film grand public, où le réalisateur américain ignorant sans doute l’Histoire de l’Afrique du Nord, montra les habitants de cette région, dans l’Antiquité romaine, vêtues comme les Arabes d’Orient et parlant la langue arabe. Un autre film français, tourné au Maroc, sur la guerre montrant les habitants d’Azazga parler arabe, exactement comme dans « L’Opium et le bâton » de Mouloud Mammeri, du réalisateur kabyle Mohamed Rachedi où, à son corps défendant, les habitant de Thala, sous l’œil vigilant de l’ancien dictateur Boumédienne, ont oublié le kabyle dans le film.

[7] Le pouvoir algérien aime à qualifier les partis démocrates kabyles de partis de la France et les Kabyles des amis de la France. Certes, les Kabyles ont de l’amitié pour les Français, mais la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, est plutôt l’amie des Arabes. La preuve, c’est à la culture et la civilisation arabo-islamiques et non berbères que l’Etat français consacre un Institut. Institut d’ailleurs fait en majorité d’oeuvres des peuples dominés par l’arabo-islamisme, comme les Perses, les Egyptiens et les Berbères.

[8] Les mêmes aussi qui tentent vainement de démocratiser malgré eux les Irakiens et les Afghans qui encouragent l’émergeance des Etats théocratiques en Afrique du Nord, au détriment des Berbères aspirant politiquement à la liberté. la démocratie, la laïcité et les droits de l’homme.

[9] Ces francophones que d’ailleurs le pouvoir d’Alger et ses arabo-islamistes qualifient de pro-français et de traîtres dans certaines circonstances. Tahar Ouattar, écrivain en langue arabe, n’a t-il pas qualifié la mort de Tahar Djaout de perte pour la France ?

[10] Sans la culture et la langue française, la Kabylie serait aujourd’hui gouvernée par la zaouïa rahmania. D’ailleurs, celle-ci, grâce à l’avancée de la langue arabe en Kabylie, est en train de se redéployer par tous les moyens, afin de reprendre ce qu’elle croit perdu par la faute des intellectuels progressistes, autrement dit, ceux qui prêchent les idées de progrès et de développement.

[11] L’homme mongole, avant de mourir, a pour tradition d’emmener ses enfants dans ses champs, leur montre leur propriété en leur disant : “Mes enfants, voici votre terre. Même si Dieu venait un jour à vous la réclamer, ne la lui donnez pas.”

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