12:21 - lundi octobre 23, 2017

Le témoignage de Rachida Ider sur une journée de torture dans un commissariat algérien

La Rédaction

MAK-ANAVAD – Rapport d’agression d’une militante par la police/gendramerie coloniale Rachida Ider, présidente de la Coordination régionale Ouest du MAK-Anavad.

 

GOUVERNEMENT PROVISOIRE KABYLE

MOUVEMENT POUR L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

MAK-ANAVAD

 

En Sept ans de militantisme au sein du mouvement souverainiste kabyle, je n’ai jamais été frappée par la police algérienne. En ce 20 mai 2017, c’était l’enfer. Un enfer que je ne pourrais raconter en détail dans ce témoignage. Mais il est important que l’opinion publique et internationale soit au courant de ce que nous avons vécus, nous militants pacifiques pour une Kabylie indépendante, dans le commissariat central de Tuvirett (Bouira). J’invite tous les militants souverainistes à rédiger leurs témoignages, eux qui ont fait de cette journée du 20 mai une date historique pour la Kabylie.

D’abord, il est important de souligner que la veille de la marche, j’ai passé la nuit à Rafour, dont je remercie les citoyens et les militants de leur accueil chaleureux et apprécié de tous. La nuit était très courte. On avait tenu une dernière réunion à 2h du matin et à vrai on était nombreux à ne pas avoir fermé l’œil.

Le lendemain, nous avons pris le bus vers Tuvirett. J’étais avec une trentaine de militants. Kouceila Ikken, le Président de la Coordination Est du MAK-Anavad était avec nous. Des dizaines de barrages et des policiers et gendarmes algériens postés partout. Ils arrêtaient les véhicules et les bus, les fouillaient et fouillaient les passagers. A ce moment déjà, nous savions qu’on allait sans doute être arrêtés avant même d’arriver sur le lieu de la marche.

Arrivés à la gare routière de Tuvirett, les services de répression algériens étaient mobilisés en centaines. Un véritable climat de guerre. Étonnamment, nous avons réussi à descendre du bus et à en reprendre un autre sans être interpellés.

Nous descendons du bus au niveau de l’entrée principale de l’Université Mohand Oulhadj. Il n’y avait pas encore de militants. Il était 8h du matin.

Aussitôt des policiers sont venus nous voir et l’un d’eux a dit à ses collègues : « c’est elle Ider, elle est là Ider », en parlant de moi. Ils nous ont demandé de partir. Devant notre refus, une cinquantaine d’agents des services répressifs algériens (policiers, BRI et civils) nous ont entourés. J’ai commencé à crier « Pouvoir assassin ». A ce moment précis, ils ont essayé de maîtriser le militant Lazhar Bessadi, qui résistait. Quand j’ai vu cela, je suis allé m’interposer pour les empêcher de l’embarquer. Tous les militants sont intervenus et c’était la pagaille générale. Des dizaines de policiers sont arrivés en renfort. Ils essayaient de nous maîtriser et tous les militants ont résisté. Aucun n’a accepté de monter dans les véhicules de la police. Les coups ont commencé à pleuvoir sur les militants. Matraquage, coups de pieds et de poings et gifles, en plus de nous traîner par terre.

Puis, en continuant de crier « Pouvoir assassin, Tuvirett d taqvaylit, .. », il y a eu cette scène où j’ai vu rouge ! Kouceila Ikken était traîné par terre par 5 policiers qui le tenaient par les pieds, alors qu’il essayait de résister. Ils recevaient alors des coups de pied et des coups de poing dans la figure. Une scène qui m’était insupportable. J’ai commencé à crier « Pouvoir criminel, lâchez le, c’est un blessé du printemps noir ! Il n’a pas de jambe ! Vous l’avez amputé de sa jambe ! Vous n’avez pas honte ! ». Leur haine les a rendu sourds. Ils ont continué à tabasser les militants et à les traîner dans les voitures. Moi je me suis rendue sur la route pour bloquer la circulation. Je m’étais assise sur la route. Manissa, une autre militante, avait déjà bloqué la route avec son corps ! Un policier kabyle est venu me voir et a essayé de me convaincre calmement de me lever et de les suivre. Je ne voulais rien entendre.

Un land-Rover de la police coloniale est arrivé. Un autre policier lui criait en arabe : « Vas y écrases là ». J’ai alors levé mes bras vers le ciel en V de Victoire et je suis restée immobile. Le conducteur du land rover a alors fait semblant d’accélérer pour m’écraser avant de freiner. Il l’a fait à plusieurs reprises. J’ai continué à scander mes slogans favoris pour une Kabylie indépendante.

Notre résistance a mis en colère les policiers qui se sont acharnés encore plus conte nous. Plusieurs d’entre eux, me voyant bloquer la route, se sont rués sur moi et ont commencé à me donner des coups de pieds dans le dos et les côtes, un moment de barbarie inédite.  Les autres filles, voyant la sauvagerie de la police à mon égard, ont eu l’idée de leur faire croire que je suis enceinte : « arrêtez ! elle est enceinte ! elle est enceinte ». Ils ont fait comme si ils n’entendaient pas. A ce moment précis j’étais dans un autre état. J’étais très fatiguée et ne comprenais plus ce qui se passait. Je ne pouvais plus résister et me suis retrouvée dans un véhicule de la police, à bout de forces. Je ne me rappelle plus s’ils ont réussi à me faire relever où s’ils m’ont traîné par terre jusqu’à leur véhicule où étaient les autres filles : Tasedda, Manissa et Cylia.

Au commissariat, c’était un véritable enfer. Ils nous ont conduit dans un bureau, comme des criminelles, en nous poussant. Quatre policières nous attendaient, dont deux, non kabyles, d’un physique imposant. Ces deux policières nous ont fouillé minutieusement. Nous avons été déshabillées de notre haut pour vérifier qu’on ne cachait rien.

Trois d’entre nous étaient assises et les deux autres étaient debout. Dans le bureau où nous étions enfermées, deux autres militantes nous ont rejoint plus tard : Tiziri et Tannirt. Elles sont restées debout durant plusieurs heures. Aucune d’entre nous n’avait le droit de faire aucun geste. Dès qu’il y en avait une qui parlait, qui souriait ou qui résistait aux intimidations, elle recevait soit une gifle soit un coup de pied, en plus des insultes et autres vulgarités qui fusaient au moindre de nos gestes. Dès qu’une fille, qui était debout, essayait de s’asseoir à même le sol, elle recevait des coups de pied jusqu’à ce qu’elle se lève. Dans ce bureau, ces deux policières, qui agissaient avec haine et racisme, ont fermé la fenêtre et la porte. Il n’y avait plus d’air dans le bureau. On n’avait même pas le droit d’aller aux toilettes, ni même de boire de l’eau. Une situation intenable pour un être humain.

Cylia est tombée, elle n’arrivait plus à tenir debout. « Laisses la mourir » dit une policière. Puis elles ont pris de l’eau pour lui mettre sur le visage. Cylia a ainsi eu le droit de s’asseoir à même le sol et sa demande d’ouvrir la fenêtre a été acceptée. Plus tard, vers midi, c’est Tannirt, restée debout depuis son arrestation, qui a vomi. Elle était vraiment mal. Quand elle a fini de vomir, elle a essayé de s’asseoir à même le sol, une policière lui a donné des coups de pied. Plus tard encore, Tiziri s’est évanouie et s’est écroulée par terre. Les deux policières n’ont pas bougé. Un policier est passé et la voyant par terre, il a commencé à crier pour qu’ils fassent venir un médecin. Un médecin est venu et a expliqué que Tiziri avait besoin d’oxygène et qu’elle devait aller aux urgences. « Pas question » a répondu une policière. Ensuite, ils l’ont relevé pour la faire asseoir correctement sur le sol mais elle n’arrivait pas à bouger ses bras. Elle était affaiblie. A ce moment précis, ils m’ont pris pour que j’aille voir un gynécologue vu que les filles leur ont fait croire que j’étais enceinte quand ils m’ont passé à tabac. Plus tard, j’ai appris que Tiziri était emmenée aux urgences.

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Rachida Ider,
Présidente de la Coordination Ouest du MAK-Anavad

Agence Siwel

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