8:36 - mercredi novembre 21, 2018

Les enjeux de l’identité amazighe en Afrique du Nord et au Sahel.

La Rédaction

TANGER – Lors du 10è festival Twiza de Tanger, qui s’est tenu à Tanger du 14 au 17 Aout, Mossa Ag Atther, porte-parole du Mouvement national de libération de l’Azawad a apporté sa contribution le second jour du festival, en mettant l’accent sur l’importance de l’identité amazighe dans les enjeux culturels, politiques et économiques en Afrique du Nord et au Sahel. Cet évènement, organisé par des cercles rifains proches du makhzen, n’ont pas empêché le porte-parole du MNLA de rappeler que les amazighs sont des « africains et rien d’autre que des africains », que « L’Afrique n’est ni l’Orient, ni l’Occident et n’a nullement besoin de singer l’un ou l’autre pour avoir le droit d’exister et que « la célèbre phrase du grand roi Massinissa « l’Afrique au africain !» est plus que jamais d’actualité ! » Tamurt.info publie, ci-après, l’intégralité de sa communication.

 

Intervention au de Mossa Ag Attaher, 
Porte-parole et chargé de communication du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA)

 

Cette année, je voudrais axer ma contribution à ce 9e Festival Twiza sur l’importance de l’identité amazighe dans les enjeux culturels, politiques et économiques en Afrique. L’espace géographique que constitue tout le quart Nord-Ouest de l’Afrique a de tout temps été le territoire des peuples amazighs. De puissants royaumes y ont été établis depuis la plus lointaine antiquité. Le plus connu des royaumes amazighs fut incontestablement le royaume numide du grand roi Massinissa qui disait déjà, 200 ans avant JC « l’Afrique aux africains ! ».

Hélas, l’immensité du territoire et l’emplacement des territoires amazighs étant au carrefour de toutes les civilisations, les terres amazighes ont eu à subir tous les grands conquérants de l’Histoire de l’Humanité : romains, vandales, byzantins, arabes, ottomans, français.

De ce fait, les peuples amazighs n’ont jamais eu la possibilité de consacrer leur génie et leur énergie au service de leur propre civilisation. Et même s’ils ont gardé leur origine et leur identité amazighe commune, ils se sont morcelés en peuples relativement divers du fait de l’immensité de leur territoire et de la diversité des modes de vie, selon qu’ils soient établis sur les fronts de mer, en montagne, dans les plaines ou dans le désert. Ainsi, les Rifains, les Chleuhs, les Kabyles, les Touaregs, les Mozabites ou les encore les Chaouis, ont chacun leurs propres particularismes mais ils partagent tous le même fond culturel, linguistique et civilisationels.

Aujourd’hui, les amazighs constituent, certes, une mosaïque de peuples allant de l’Égypte au Maroc, et de l’Algérie au Tchad mais ils présentent tous une cohésion ethnique, culturelle et linguistique. En raison des diverses conquêtes, les langues amazighes ont connu diverses influences romaines, puniques, arabes, turques ou encore françaises et leur écriture, une des plus ancienne de l’humanité, les Tifinagh, a malgré tout subsisté à travers les millénaire mais uniquement dans les régions les plus reculées des territoires amazighs.

Ainsi, c’est aux Touaregs qu’est revenus l’honneur et le privilège de sauvegarder les Tifinagh. Cela est essentiellement dû à leur localisation géographique et à l’absence d’ingérence étrangère qui en découle directement, du moins jusqu’à la conquête française. Et c’est cela qui a permis aux Touaregs d’en maintenir l’usage. Si les Touaregs n’avaient pas été loin des grandes conquêtes qui ont caractérisés le nord de l’Afrique, nul doute que les Tifinagh auraient été perdus à jamais.

Mon but n’est évidemment pas de faire ici une leçon d’Histoire sur l’origine et la diversité des peuples amazighs mais de mettre en avant l’importance du référent identitaire, social, politique et culturel amazigh dans la cohésion, la sécurité et la prospérité de ce vaste territoire qui connait, depuis les prétendues indépendances africaines, de graves crises, tant sociales que politiques et sécuritaires. Il est maintenant de notoriété publique que le Nord de l’Afrique et l’Afrique Sub-saharienne, c’est-à-dire nos territoires historiques, sont la cible de forces occultes qui en ont fait leur terrain de prédilection pour répandre et propager le terrorisme, le banditisme et le fanatisme. Les premières victimes en sont bien évidemment nos propres populations.

Pour ce qui nous concerne, nous avons l’intime conviction que ces crises multidimensionnelles trouvent leur origine dans la richesse des sous-sols de nos territoires. Il n’y a aucun doute que ces facteurs d’insécurité, sciemment installées et entretenues sur nos territoires emporteront tout sur leur passage et anéantiront, sous peu et définitivement, la cohésion sociale, politique, culturelle qui a caractérisé cette région du monde que nous avons laborieusement façonné depuis des millénaires, dans une cohabitation harmonieuse, imprégnées de respect et de tolérance, entre les diverses populations qui ont eu à partager ces territoires au cours de l’Histoire.

Aussi, pour ce qui nous concerne, nous sommes convaincus que notre salut ne réside pas dans une prétendue « protection occidentale », surtout quand on connait les enjeux énergétiques de ce même occident qui prétend combattre le terrorisme alors même qu’il favorise les pourvoyeurs de ces fléaux en les créditant d’une reconnaissance internationale.

Nous avons bien vu que la politique internationale de l’occident consiste à maintenir au pouvoir des dictatures oligarchiques qui revêtent une apparence démocratique, parce qu’elles arrivent soi-disant par les urnes… Il en a été ainsi de tous les régimes dictatoriaux d’Afrique du Nord et d’Afrique Sub-saharienne. Ces régimes se sont longtemps maintenus en dépit des horreurs commises sur les populations civiles, ou bien, notamment à la faveur des printemps dits « arabes », ils ont évolués vers des systèmes où le fondamentalisme religieux et le terrorisme, exercé essentiellement sur les populations civiles, sont devenus monnaie courante.

C’est ainsi qu’en Libye et dans l’Azawad par exemple, les groupes idéologiques islamistes sont l’objet de toutes les attentions internationales. Ces groupes sont ainsi considérés comme des interlocuteurs, et parfois même comme des intermédiaires fiables pour la libération des otages capturés par les terroristes, et cela alors même que l’occident prétend combattre le terrorisme.

Or, il est évident qu’il impossible de combattre le terrorisme sans mettre un terme à ses vitrines politiques. Comment se fait-il par exemple que des chefs terroristes du Mujao soient arrêtés puis libérés ? Ces derniers se permettent même le luxe d’affirmer à la presse qu’ils sont « impatiemment attendus par leurs unités de combat », comme en témoigne l’interview récemment accordée par le terroriste Yoro Ould Daha à la presse officielle malienne où il affirmait avoir rejoint le Mujao (qui est une organisation terroriste classée comme telle) pour se protéger du MNLA !

D’où viennent les armements et les financements de l’Aqmi, du Mujao et de Ansar Dine ? D’où vient le carburant de ces organisations terroristes ? Comment font-ils pour avoir des réservoirs plein d’essence quand le MNLA peine à s’approvisionner en carburant 
Aujourd’hui, malgré la propagande malienne, régionale et occidentale, il est désormais de notoriété publique que le MNLA a été dès le départ, et demeure encore maintenant, la cible privilégiée des organisations terroristes au Sahel. Les attaques terroristes ciblent quasi exclusivement les unités du MNLA… c’est là un bien étrange « hasard » qui indique clairement que ce qui gêne le terrorisme et le banditisme dans le Sahel, ce sont bien les véritables représentants des peuples de ce territoire et non pas les forces internationales de lutte contre le terrorisme, ni encore moins les forces gouvernementales maliennes, pour ce qui concerne le MNLA. Les populations locales, sont l’unique rempart, crédible et surtout véritablement fiable, à l’avancée et à la propagation du fondamentalisme religieux et du terrorisme qui lui est intimement liée.

Aussi, si l’Occident envisageait véritablement de combattre le terrorisme, il commencerait par reconnaitre l’importance des facteurs culturels, sociaux et politique des peuples amazighs dans la lutte contre la propagation du fondamentalisme religieux. La raison de ce fait incontestable est simple et évidente et s’explique par le fait que ces idéologies rejettent les fondements même de la culture amazighe, basés sur la tolérance et le respect de l’autre, ce qui est incompatible avec le dictat du fondamentalisme religieux.

Donc, si la lutte contre le terrorisme était crédible, l’occident miserait sur nos peuples qui sont incompatibles avec les idéologies fondamentalistes plutôt que sur les oligarchies africaines et nord-africaines qui instrumentalisent l’islamisme et le terrorisme pour se maintenir au pouvoir.

Ce n’est pas un hasard si ce sont les groupes amazighs qui s’opposent farouchement à la doctrine islamiste, tant dans l’Azawad qu’en Kabylie ou en Libye et un peu partout ailleurs dans les territoires amazighs ; ce n’est pas non plus un hasard si les amazighs n’ont aucune reconnaissance internationale et qu’ils sont même combattus par leurs Etats respectifs, pourtant sensés garantir leur bien-être et leur sécurité, sans avoir jamais été interpellé par la communauté internationale.

D’autre part, si l’on observe par exemple la situation militaire des djihadistes de Libye et de Syrie, nous sommes en droit, et même en devoir, au regard de la situation précaire de nos peuples face aux graves dangers qui nous guettent, de nous questionner sur un certain nombre d’incohérences.

En effet, comment se fait-il que les djihadistes, notamment ceux de l’Etat islamique en Irak et au levant (EIIL), disposent d’armement lourds beaucoup plus sophistiqués que les combattants kurdes de Syrie et d’Irak alors que le Kurdistan, volontairement ignoré par la communauté internationale constitue l’unique entité sociale, politique et culturelle à avoir de sérieuses raisons de combattre les djihadistes ? Ce qu’ils ont d’ailleurs fait, seuls, avec leurs propres moyens, sous black-out médiatique et sans aucune aide ni reconnaissance internationale ?

Il a fallu que les djihadistes de l’EEIl soient en passe de mettre en place un Etat terroriste en Irak, et ce à la suite d’horribles massacres, pour que la communauté internationale se « souvienne » du Kurdistan et qu’il se décide à équilibrer le rapport de force en se décidant enfin à livrer des armes aux kurdistan….

Alors, à quoi rime cette politique sécuritaire incohérente qui fait incontestablement le lit du terrorisme ? Autant de questions qui de notre point de vue, trouvent leurs réponses dans les nouvelles configurations géopolitiques mondiales qui consistent à installer le chao dans les régions du monde disposant de ressources naturelles … Or, il se trouve que les territoires historiques des peuples amazighs disposent justement de ses richesses. Et, il se trouve également que les populations amazighes, pourtant ouvertement hostiles au fondamentalisme religieux des djihadistes, exactement comme les kurdes et pour les mêmes raisons, ne sont absolument pas pris en compte par la politique internationale qui prétend combattre la propagation du terrorisme.

Quoi qu’il en soit, s’il y a bien une certitude, c’est que les peuples amazighs, tant en Afrique du Nord qu’en Afrique Sub-saharienne, constituent l’unique rempart au fondamentalisme et au terrorisme. Les valeurs culturelles, sociales et politiques des amazighs ont permis, par le passé, la cohabitation harmonieuse et pacifique de diverses groupes ethniques, sociaux et culturels sur leur territoire.

Les peuples amazighs sont des peuples fondamentalement africains et il convient pour la stabilité du continent africain, mais aussi, par extension, pour la stabilité mondiale, que les amazighs retrouvent la place qui est la leur sur leur propre territoire, en disposant de leur propres fondement culturels et civilisationels. Le cas échéant, si nos peuples continuent à subir le déracinement culturel entamée au lendemain des indépendances africaines, les conséquences risquent d’être irrémédiables, non seulement pour les amazighs mais pour l’ensemble de l’Afrique et au-delà !

L’Afrique est un continent qui dispose de schémas sociaux-politiques qui lui sont propres. L’Afrique n’est ni l’Orient, ni l’Occident et n’a nullement besoin de singer l’un ou l’autre pour avoir le droit d’exister. Pour être libre, stable et prospère, l’Afrique doit pouvoir vivre en accord avec ses propres valeurs, pour elle-même et par elle-même ! La célèbre phrase de notre ancêtre commun, le grand roi Massinissa « l’Afrique au africain » est plus que jamais d’actualité !

N’attendons rien de personne et construisons nous-même notre avenir sur aucun autre modèle, en dehors du seul qui soit le nôtre ! Nous ne sommes ni orientaux ni occidentaux, nous sommes africains et rien d’autre ! Notre sécurité et notre prospérité dépendent de nous et non de ceux qui prétendent défendre nos terres alors qu’ils n’en convoitent que ses richesses !

Mossa Ag Attaher,
Porte-parole et chargé de communication du MNLA

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