12:01 - lundi octobre 23, 2017

Maladie de l’islam, égarement de l’Occident

La Rédaction

MONTRÉAL – Critiquer honnêtement l’islam est un exercice sain. On rend ainsi service aux musulmans. Mais en refuser toute critique, être complaisant à son égard, le traiter entièrement à part, lui pardonner tous les excès, le caresser dans le sens de la censure et de la bêtise, accuser tout libre penseur d’islamophobie, c’est en légitimer les dérives, c’est l’abandonner à l’obscurantisme, loin, très loin de la liberté et des Lumières. Le mal, ce n’est pas la critique, mais la censure et tout ce qui en découle: les menaces et la peur, la guerre sainte et les décapitations, la destruction des ruines antiques, l’idée absurde qu’on possède seul la vérité… Toute critique saine est un pas de plus vers la liberté. C’est ce que font Claude Simard et Jérôme Blanchet-Gravel dans L’islam dévoilé.

Dans la première partie, Claude Simard lève le voile sur l’islam. En bon professeur, il décrit avec habileté les faits historiques et la vie du prophète Mahomet. Il met l’accent sur l’ambiguïté de cette figure, en montrant comment l’homme de paix de La Mecque s’est métamorphosé en chef de guerre à Médine. Il raconte les époques de grandeur et de déclin qu’a connues le monde musulman, du règne du premier calife Abu Bakr jusqu’à aujourd’hui, en passant par les Omeyyades, les Abbassides, les Ottomans et les conquêtes française et britannique. Il explique comment les califats ont été faits et défaits. Avec un style limpide, riche en références et en citations, illustré par des cartes et des chiffres, il fait l’état des lieux du monde musulman, analyse ses mentalités, sa démographie et la nature de ses régimes politiques. Il se penche sur la structure du Coran et met le doigt sur ses approximations et ses contradictions. Il soulève le doute sur la fiabilité des transmetteurs de la sunna. Il compare les différents degrés d’application de la charia dans les pays musulmans et analyse les multiples courants de l’islam… Entre la vulgarisation et l’analyse rigoureuse, en gardant la distanciation nécessaire pour ne pas tomber dans les pièges de l’émotion, Simard réussit à élaborer un précis critique essentiel à la compréhension de l’islam.

La seconde partie, rédigée par l’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel, vient parfaire le livre. Dans une réflexion originale sur le multiculturalisme, intelligemment rebaptisé «différentialisme», l’auteur pousse jusqu’au bout la thèse qu’il a entamée auparavant dans Le nouveau triangle amoureux – gauche, islam et multiculturalisme (éd. Accent Grave, 2013) en y apportant une autre perspective incluant la droite, l’extrême droite et les écologistes. Il démontre la dangerosité de l’idéologie différentialiste qui fragmente les sociétés occidentales. Aveuglés par le relativisme culturel, condescendants envers les étrangers, ses idéologues et ses séides encouragent la ghettoïsation et le vivre-séparé. Ne font-ils pas semblant d’aimer les autres tout en cherchant à dissimuler une insidieuse haine de soi? Déjà au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau dénonçait ces faux humanistes. Dans l’Émile, il écrit: «Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins.» Une citation percutante que les multiculturalistes devraient méditer.

C’est à travers la toile que j’ai connu Claude Simard, en lisant ses articles publiés dans la presse et en visionnant sa brillante intervention au Parlement québécois lors du débat sur la défunte Charte de la laïcité. Son ami complice, Jérôme Blanchet-Gravel, me l’a présenté quelques mois plus tard en me proposant la publication de L’islam dévoilé. Homme de convictions, cultivé et ouvert sur le monde, Simard a su me convaincre dès les premières minutes. Quant à Jérôme Blanchet-Gravel, je l’ai rencontré lors du lancement de son premier essai. Autour du repas partagé le soir même, j’étais surtout frappé par l’originalité de ses analyses et sa culture profonde qui contrastaient avec son jeune âge.

Attentifs au monde qui change, Simard et Blanchet-Gravel savent que Dieu a été tué bien avant Nietzsche. Mai 68 a libéré les mœurs et la femme, mais c’était sans penser aux ruses de l’Histoire qui allaient préparer le lit du libéralisme. Dans une guerre sans merci, l’économique a fini par supplanter le politique. Le consumérisme et la fabrication du désir règnent dans un monde globalisé, complètement déboussolé. Le libertaire et le capitaliste trinquent ensemble. Sommes-nous arrivés à l’apogée de ce désenchantement cher à Max Weber? La raison a perdu du terrain. La morale universelle est menacée et la laïcité, sacrifiée. Les anti-Lumières et les «néoromantiques» s’agitent. Un vide spirituel s’est créé. Comment le combler? Le monde a besoin d’être réenchanté. Mais comment faire? Les pistes sont brouillées. La gauche et la droite n’ont plus de sens. Les uns regrettent le paradis perdu, les autres font l’éloge de la religion du progrès.

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Karim Akouche, Écrivain

 

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