3:43 - jeudi avril 19, 2018

Prochaine révision de la constitution

La Rédaction

ALGER – En mai 2009, alors que j’étais député à l’Assemblée nationale, j’avais interpellé le Premier ministre sur le pourquoi du choix, par les pouvoirs publics, de la transcription sur la quatrième chaîne de télévision (chaîne en tamazight) de la langue amazighe en caractères arabes. Je souligne au lecteur que l’enseignement de cette langue (tamazight) se fait en caractères universels dans nos écoles et dans les deux instituts universitaires-Tizi Ouzou et Vgayet-qui forment les futurs enseignants qui doivent la dispenser. J’avais relevé, dans cette démarche, une grave incohérence pédagogique et exprimé ma crainte quant à une possible tentation ou volonté de manipulation idéologique de l’identité amazighe. 

Mahmoud BOUDARENE: Une opportunité historique pour réparer une injustice et officialiser Tamazight. 

En mai 2009, alors que j’étais député à l’Assemblée nationale, j’avais interpellé le Premier ministre sur le pourquoi du choix, par les pouvoirs publics, de la transcription sur la quatrième chaîne de télévision (chaîne en tamazight) de la langue amazighe en caractères arabes. Je souligne au lecteur que l’enseignement de cette langue (tamazight) se fait en caractères universels dans nos écoles et dans les deux instituts universitaires – Tizi Ouzou et Vgayet – qui forment les futurs enseignants qui doivent la dispenser. J’avais relevé, dans cette démarche, une grave incohérence pédagogique et exprimé ma crainte quant à une possible tentation ou volonté de manipulation idéologique de l’identité amazigh. Le Premier ministre n’avait pas tardé à répondre.

Une réponse préoccupante, à plus d’un titre, quant au sort qui est réservé par les responsables à cette langue. Avant de rapporter les propos de ce dernier, voici en substance ce que je lui écrivais dans la correspondance que je lui ai adressée :

“… La quatrième chaîne de télévision, en tamazight, née il y a quelques mois est bienvenue. Elle répare une injustice commise depuis l’indépendance de notre pays à l’encontre de la langue et de la culture amazighes qui ont été, comme vous le savez, frappées d’ostracisme. Faut-il rappeler que cette dimension fondamentale de l’identité nationale a été, dès le recouvrement de  notre indépendance, volontairement occultée par les pouvoirs publics, sous prétexte de préserver l’unité nationale ? Une injustice commise à l’égard d’une large partie de la population algérienne qui se voit encore aujourd’hui spoliée de son identité, de sa langue et de sa culture. Faut-il rappeler aussi que de nombreux citoyens algériens avaient été arrêtés et persécutés pour avoir revendiqué la reconnaissance de cette identité ? (…) Je ne vais pas m’appesantir sur les acquis que cette dernière a arrachés depuis le printemps amazigh de 1980 et la grève du cartable durant l’année scolaire 94-95. La naissance du HCA (Haut Commissariat à l’amazighité) et l’enseignement de tamazight dans les écoles algériennes constituent des progrès certains. La constitutionnalisation de cette identité millénaire de notre pays est un début de reconnaissance même si elle est tardive et encore insuffisante. La quatrième chaîne de télévision est un autre progrès, mais cette dernière utilise le caractère arabe pour sous-titrer et transcrire tamazight et… cette langue est enseignée dans nos écoles en caractère universel. (…) Une confusion préjudiciable d’un point de vue de la pédagogie. Sur le plan politique, il nous est permis de nous interroger sur les motivations réelles qui ont amené les responsables de cette chaîne à commettre une telle incohérence. Je vois dans cette démarche une grossière manipulation idéologique. À moins de vouloir saborder ce nouvel acquis et de ruiner l’espoir, pour la population amazighe, de voir enfin son identité, sa langue et sa culture définitivement reconnues, réhabilitées et promues comme elles le méritent, l’État algérien doit faire preuve de cohérence et corriger cette aberratio”. Dans sa réponse, le Premier ministre dira que le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) et l’Académie de la langue arabe ont été instruits pour trouver ensemble la meilleure façon, “scientifique”, de transcrire tamazight. Un argument qui charge de sens cette réponse et qui montre que le choix de la transcription en caractères arabes de la langue amazighe est déjà fait par les pouvoirs publics. En témoigne, en effet, ce qui se passe dans la quatrième chaîne de télévision. Un message idéologique fort, adressé à l’opinion mais surtout à ceux qui militent, pour des considérations  politiques notamment, pour le choix du caractère universel. Tamazight est transcrit en caractère universel depuis des années. Tous les spécialistes qui ont pris en charge cette langue ont donné un argumentaire solide pour justifier un tel choix. Dans les séminaires successifs qu’il a organisés, le HCA a montré son adhésion à ce choix et donné des recommandations allant dans ce sens. C’est pourquoi, d’ailleurs, les deux instituts de tamazight, et les écoles, dispensent son enseignement dans ce caractère. Les spécialistes et le HCA ont donc fait leur choix. L’État algérien, quant à lui, donne l’impression qu’il n’a pas encore fait le sien, quand bien même la réponse donnée par Ouyahia veut prouver le contraire.

La décision des pouvoirs publics d’impliquer l’Académie de la langue arabe dans ce problème n’est pas innocente. Une conviction, sans doute, partagée par tous les militants de la cause amazighe. Chacun est en effet en droit de se, légitimement, demander ce que cette institution a à voir dans la transcription de tamazight.

Mais le Premier ministre a commencé par dire, dans sa réponse, que le choix de la transcription, à la télévision, de tamazight en caractère arabe est fait dans le souci de permettre au plus grand nombre de comprendre cette langue. Tout est dit.

Le plus grand nombre a accès, selon ce commis de l’État, à la langue arabe. Mais quel intérêt auraient les populations arabophones à pouvoir lire le tamazight écrit en lettres arabes si elles n’y comprennent rien, surtout quand il s’agit d’un film en arabe sous-titré en tamazight? Un argument qui ne tient pas et qui participe de la manipulation. Le choix de la transcription de notre langue est fait et la réflexion que l’État semble vouloir initier pour répondre “scientifiquement” à ce souci de l’écriture de tamazight n’est qu’une mise en scène trompeuse. Dans un propos publié dans le quotidien “le Soir d’Algérie” du 20 septembre dernier, Youcef Merahi, secrétaire général du HCA conforte mon opinion en s’inscrivant en faux avec la réponse du désormais ex-Premier ministre. “Le HCA est abandonné par ses partenaires institutionnels”, dira-t-il en regrettant que cette structure (le HCA) ne soit plus consultée, particulièrement quand il s’est agi de choisir le mode de transcription de la langue amazighe. Évoquant le caractère expérimental et non obligatoire de son enseignement, il dénoncera clairement ce qu’il appelle “une volonté politique des autorités de freiner l’enseignement de tamazight à l’échelle nationale”. Et parce que les élèves inscrits sont majoritairement concentrés en Kabylie, il dira que “le ministère est en train de kabyliser et de ghettoïser l’enseignement de tamazight”. Ainsi, en concentrant en Kabylie cet enseignement, les pouvoirs publics nourrissent le dessein de réduire cette langue à une portion congrue en la cantonnant exclusivement dans la région qui la revendique avec insistance.

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(*) Psychiatre et ex-député

Liberté-algerie

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