4:34 - samedi septembre 22, 2018

Une chercheuse franco-libanaise veut déterrer l’enquête sur l’assassinat d’Ameziane Mehenni

La Rédaction

BEYROUTH, LIBAN — Celle qui assène des coups de poing à l’internationale terroriste islamiste a décidé de s’attaquer à l’Algérie qui est derrière l’assassinat du fils du président Ferhat Mehenni. Lina Murr Nehmé, une historienne et politologue franco-libanaise, professeur à l’Université de Beyrouth, a publié ce dimanche soir un article intitulé « L’assassinat, à Paris, du fils » dans lequel elle revient sur les circonstances de l’assassinat dans la nuit du 18 au 19 juin 2004 à Paris d’Ameziane Mehenni, 30 ans, fils de Ferhat Mehenni, un activiste Kabyle farouche opposant historique au pouvoir algérien et à sa nébuleuse islamiste, en posant des questions pertinentes pouvant servir de base pour la réouverture de l’enquête.

Lina Murr Nehmé que l’on affubla de « Brûleuse des drapeaux noirs », geste qu’elle fit en 2014 en réponse à Daech qui avait menacé les chrétiens du Liban en les sommant de « devenir musulmans, sinon c’est sur les lambeaux de leurs cadavres qu’il attaquera Israël », est née en 1955, elle est la fille de May et Alfred Murr, écrivains libanais célèbres et petite-fille de Duaibis Murr, condamné à mort par contumace par les Turcs durant la Première Guerre mondiale, elle a publié plusieurs essais sur les conflits contemporains du Moyen-Orient, sur l’islamisme, les racines historiques des mouvements terroristes, leur doctrine, leur action et leur financement.

En mars dernier, dans un article que lui a consacré le journal libanais, L’Orient-Le Jour, l’un des principaux quotidiens francophones du Moyen-Orient, voici ce qui est dit d’elle : « Chacun de ses ouvrages est un coup de poing. Lina Murr Nehmé fouille inlassablement notre histoire contemporaine et celle un peu plus ancienne pour dénoncer les injustices et mettre en avant une vérité souvent camouflée par les vainqueurs. Lina Murr n’a pas peur de bousculer les idées reçues et les versions officielles : elle cherche, consulte, écoute et lit entre les lignes les non-dits de l’histoire officielle, pour montrer des faits implacables sans la moindre complaisance et sans craindre de choquer l’establishment. »

Ci-dessous, l’article de Lina Murr Nehme sur l’assassinat d’Ameziane Mehenni :

L’assassinat, à Paris, du fils

Pour les personnes qui ne connaîtraient pas encore les problèmes de la majorité algérienne berbère ou kabyle, j’ai expliqué dans « Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur: ce qu’ils cachent », comment en Algérie, les droits de cette majorité sont brimés au profit des colons d’origine arabe, demeurés minoritaires. J’ai traduit dans ce livre les textes arabes de première main qui racontent ces horreurs.

Aujourd’hui, l’on parle de l’identité des peuples, la langue, la culture, l’histoire des Arabes sont imposés à la majorité d’origine berbère. La notion même d’arabisme, quand on l’applique à l’Algérie, revient à glorifier et légitimer une occupation qui a imposé sa culture dans le sang, le viol et l’esclavagisme, et qui fait encore souffrir les Maghrébins, même ceux qui se croient arabes.

On aurait pu croire que les fils du chanteur kabyle Ferhat Mehenni échapperaient, en France, à la mort que promettait le régime algérien à leur père dans leur pays. Ce ne fut pas le cas.

Il est vrai qu’en avril 2004, en effet, Ferhat Mehenni a publié à Paris un ouvrage dérangeant, « Algérie, la question kabyle » (Michalon).

Le mois suivant, deux hommes de type maghrébin se dirigent vers son fils Ameziane, 30 ans, et lui donnent un coup de poing au visage au niveau du 100 rue de Clichy (XVIIIe). Ameziane tombe. L’un des agresseurs fait le guet et l’autre donne à sa victime un coup de pied. Plusieurs passants avaient vu la scène, mais aucun d’eux n’avaient vu le coup de poignard qui le frappa au cœur. Quand fut-il frappé ? Comment ? Par qui ? De façon experte, l’assassin avait repéré en un clin d’œil l’endroit auquel il devait frapper à travers les habits pour atteindre le ventricule, entre les côtes et le sternum. Le coup, aussi précis que violent, sectionna la quatrième côte et provoqua une hémorragie d’abord interne.

Les deux tueurs s’enfuirent, et le blessé parvint à se relever et à saisir ses affaires. Il marcha quelques mètres et s’affala sur le terre-plein qui sépare les deux voies de circulation, entre le 104 et le 106 boulevard de Clichy, non loin de la place Blanche. Son sang s’écoula soudain, formant une mare de sang autour de lui.

Qui étaient ces deux hommes ? Des tueurs à gages ? Des djihadistes ?

Comment un crime pareil a-t-il pu être commis dans ce quartier rempli de bars de nuits, de cabarets et de discothèques, animé en juin, même à cette heure, devant plusieurs personnes qui avaient témoigné par la suite ?

Transporté à l’hôpital Bichat, Ameziane mourut le jour même vers midi.

Le meurtre était aussi embarrassant pour les autorités françaises — qui cultivaient l’amitié du régime algérien — que le sera celui de Sarah Halimi en 2017. La police française déclara que c’était un crime dû à l’ivresse ou à la drogue, et il n’y eut pas de procès.

Et pourtant, les ivrognes ont tendance à ne pas maîtriser leurs mouvements. Ils ne visent pas si bien et de façon aussi précise. Et les assassins n’avaient rien volé. Le crime ne pouvait être que religieux ou politique étant donné les circonstances, qu’expliqua son père dans la lettre ouverte adressée au président Chirac en 2006. (en annexe à cet article)

Les suites de l’événement aussi sont troublantes. En effet, un des hommes qui avaient été présents et a témoigné, a été menacé d’être envoyé « dans un cercueil comme l’avait Ameziane ».

Lina Murr Nehmé

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